Par Martin Graham
Manchester United Le club est de nouveau à la recherche d'un entraîneur principal suite au limogeage de Ruben Amorim, et ce processus s'accompagne d'une expression familière : la nécessité de retrouver l'« ADN » du club.
Cette expression est souvent ressortie en période d'instabilité, servant de point de repère vers des époques plus glorieuses. Après le départ d'Amorim, l'ancien défenseur Gary Neville a affirmé que le club devait désormais nommer une personne en phase avec son identité traditionnelle.
Ce discours n'est pas propre à Old Trafford. Après le match nul et vierge de Liverpool contre Leeds United, l'ancien attaquant des Reds, John Aldridge, a affirmé que le club avait perdu son « ADN », évoquant un manque d'urgence, de créativité et d'envie de gagner.
Dans les moments difficiles, parler d'« ADN » évoque généralement un retour aux valeurs établies et aux méthodes du passé, associées par les supporters à la gloire. À Manchester United, cela a incité l'actionnaire minoritaire Sir Jim Ratcliffe et son groupe à envisager des solutions transitoires étroitement liées à l'histoire du club.
Darren Fletcher a récemment dirigé un match contre Burnley, tandis qu'Ole Gunnar Solskjaer et Michael Carrick sont également pressentis. À eux deux, Fletcher et Carrick ont remporté dix titres de champion avec le club, tandis que Solskjaer en a remporté six et a inscrit le but décisif lors de la finale de la Ligue des champions de 1999.
Fletcher a même sollicité l'approbation de Sir Alex Ferguson avant de prendre les rênes de l'équipe par intérim, illustrant ainsi l'influence persistante du manager le plus titré de l'histoire de Manchester United. Le palmarès de Ferguson comprend 13 titres de Premier League, deux Ligues des champions et de nombreux doublés nationaux.
Des questions subsistent cependant quant à savoir si le soutien de Ferguson a encore un poids concret plus d'une décennie après sa retraite et si le fait d'invoquer le passé peut véritablement restaurer ce que beaucoup estiment perdu.
Définir l'identité d'un club
Les supporters qui croient au « ADN » du football le perçoivent comme une philosophie héritée, qui façonne le style de jeu d'une équipe et l'atmosphère qui y règne. Neville décrit la version de United comme un football rapide, audacieux et offensif, insistant sur le fait que le club ne devrait pas s'adapter aux préférences d'un entraîneur en particulier.
Cette description reflète l'approche adoptée sous Ferguson et Sir Matt Busby, caractérisée par un jeu rapide, agressif et une volonté de promouvoir les jeunes joueurs. Des époques emblématiques comme les Busby Babes et la génération 92 sont au cœur de cette histoire.
Nombre de personnalités de cette époque travaillent désormais dans les médias, ce qui accroît l'examen public de chaque décision. Amorim lui-même a reconnu cette pression peu avant son départ, laissant entendre que le club pourrait avoir besoin d'une restructuration s'il ne parvenait pas à faire face aux critiques incessantes.
L'« ADN » supposé de Liverpool est souvent associé à l'émotion, à l'intensité et à l'intention offensive, des qualités qui ont contribué à son succès sous la direction de Jürgen Klopp. Cependant, le football moderne privilégie de plus en plus les résultats à l'esthétique.
Au final, la victoire est devenue la principale monnaie d'échange dans le football, quelle que soit la méthode employée pour y parvenir.
Quelles équipes ont réellement un « ADN » ?
L'identité propre à un club est généralement déterminée par ses supporters lors des périodes de succès. Manchester United et Liverpool estiment tous deux savoir ce qui les définit, notamment le lien qui unit les supporters à leur entraîneur.
Le style de jeu du FC Barcelone, axé sur la possession, trouve son origine chez Johan Cruyff et a été perfectionné par la suite par ceux qui ont été influencés par lui, notamment Pep Guardiola. L'Ajax, quant à lui, est resté fidèle aux principes du football total, développé par Rinus Michels et incarné par Cruyff, tout en misant fortement sur la formation des jeunes.
Pour le Real Madrid et le Bayern Munich, le succès constitue l'essence même de leur identité. Gagner des trophées en est la caractéristique déterminante.
À l'inverse, Manchester City et le Paris Saint-Germain ont dominé le championnat national et remporté des succès européens sans être liés à un style historique clairement défini.
En Angleterre, l'affirmation d'une identité fixe chez certains clubs est plus contestée. La conviction de longue date de West Ham United quant à son « style de jeu » a été critiquée par son ancien entraîneur, Sam Allardyce, qui a rejeté l'idée d'une approche traditionnelle unique. David Moyes a par la suite admis ne pas pouvoir la définir lui-même, malgré la victoire du club en Coupe d'Europe en 2023.
La devise de Tottenham Hotspur, « Oser, c'est agir », est souvent associée à un football offensif. Ange Postecoglou incarnait initialement cette approche, mais une saison conclue à la 17e place et marquée par 22 défaites en championnat a entraîné son limogeage, malgré une victoire en Ligue Europa.
Romance contre réalité
Les références à l'« ADN » sont souvent empreintes de nostalgie. Les méthodes pragmatiques de José Mourinho contrastaient fortement avec l'image que Manchester United souhaitait projeter, et pourtant, il a remporté des trophées dès ses débuts.
Seules quelques personnalités façonnent véritablement le caractère d'un club sur le long terme. Des leaders comme Bill Shankly, Klopp et Ferguson ont combiné autorité, vision et succès d'une manière exceptionnelle.
Concrètement, l'expression « ADN » est souvent utilisée pour désigner une équipe composée de joueurs d'élite et d'un entraîneur exceptionnel. Les appels à ce que Manchester United retrouve son identité sont compréhensibles, mais trouver quelqu'un capable de la recréer est une autre affaire.
Le rugby moderne exige des personnalités exceptionnelles, généralement forgées par le succès au plus haut niveau. Des figures de la stature de Ferguson sont extrêmement rares, et rien ne garantit que se replonger dans le passé résoudra les problèmes actuels.
